Statement by the Prime Minister of Iceland at a meeting with members of the International Organization of la Francophonie

Déclaration de S.E. M. Geir H. Haarde

devant le Groupe des pays francophones à

l’Organisation des Nations Unies

Excellences, Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un privilège et un plaisir d’être parmi vous aujourd’hui et je vous remercie de m’avoir réservé ces moments pour m’écouter, alors que vos journées sont déjà très chargées.

Comme vous le savez, c’est la première fois que l’Islande présente sa candidature à un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité pour 2009-2010, les élections étant prévues pour le mois d’octobre 2008.  La décision de présenter notre candidature, est la conséquence des nouvelles réalités mondiales auxquelles l’Islande est affrontée.  Elle traduit en même temps une nouvelle conception de la position de l’Islande sur la scène internationale.  En fait, notre candidature marque en quelque sorte un temps fort sur le chemin qui a conduit le pays de la dépendance et la pauvreté à l’indépendance, la prospérité et la participation active aux affaires internationale. 

Excellences,

Permettez-moi de faire un retour en arrière pour décrire brièvement les bases sur lesquelles l’Islande contemporaine s’est construite.  Je crois que cela est important  car, bien que l’Islande, située en Europe, présente naturellement de nombreuses caractéristiques communes avec d’autres pays européens, son passé et ses conditions de vie la distinguent nettement de la plupart des pays européens.

Au début du 20ème siècle, l’Islande était un pays démuni, habité par une population clairsemée d’agriculteurs et de pêcheurs qui depuis des siècles vivaient sous domination étrangère.  Depuis les premiers établissements au neuvième siècle, la population n’avait jamais dépassé les 100,000 habitants, pris dans un environnement très rude et isolé dans l’Atlantique Nord.  La nature imprévisible, l’éloignement et les conditions de vie ingrates, tel était l’apanage du commun des Islandais. 

La fondation de la République d’Islande moderne remonte à l’époque qui a débouché sur la Guerre froide.  Après plus de cent ans de lutte, l’Islande atteignait sa pleine indépendance en 1944 et le 19 novembre 1946 elle rejoignait les Nations Unies. Pendant les quelque cinquante années suivantes, ses affaires étrangères se sont déroulées dans le calme, dictées par sa situation géographique et stratégique pendant la Guerre froide.

Dans le climat de l’après-guerre, il était logique qu’une petite nation ayant nouvellement acquis son indépendance cultive son propre jardin. Aussi, l’initiative principale de l’Islande dans le domaine des affaires étrangères à cette époque portait-elle, à juste titre, sur ses eaux territoriales et sur le Droit de la mer. La fin de la Guerre froide apportait à la situation internationale de l’Islande un changement fondamental qui coïncidait avec de grands changements internes, dans les domaines économique et social.  Les circonstances intérieures et extérieures du pays se sont transformées et il est permis de dire que l’Islande a bien prouvé qu’il était possible de changer rapidement dans le sens positif.

Excellences,

Les jeunes qui ont grandi au début du 20ème siècle se souviennent d’un pays radicalement différent de l’Islande moderne que nous connaissons. Sous l’angle de la population, c’est encore un des plus petits Etats du monde, avec une population qui dépasse à peine 300 000 habitants, mais le changement du niveau de vie national est considérable. Aujourd’hui, l’Islande est un pays indépendant, sans armée, qui jouit d’un PNB par habitant des plus élevés au monde.

Inéluctablement, la question qui se pose est de savoir comment l’Islande est parvenue à réussir. 

En bref, je pense que le succès de l’Islande peut se résumer simplement en disant qu’il est dû à l’utilisation efficace et durable de ses ressources, tant humaines que naturelles.  Je m’explique :

Premièrement et peut-être avant tout, l’Islande a réussi à exploiter durablement les ressources marines qui entourent l’île. Au terme d’une longue lutte, notamment après ce qu’il est convenu d’appeler les guerres de la morue à partir de 1944, peu après l’indépendance, l’Islande a fini  par obtenir, en 1976, le contrôle absolu de l’exploration et de l’exploitation des ressources maritimes à l’intérieur de la Zone économique exclusive qui s’étend jusqu’à 200 miles marins, limite qui devait devenir plus tard la norme de l’ONU reconnue pour toutes les nations. Pendant cette période, la pêche est devenue le secteur d’activité principal de l’économie islandaise. .

Deuxièmement, l’un des facteurs les plus importants du succès de l’Islande au cours de ces dernières années a été l’utilisation intelligente et novatrice des ressources énergétiques et le développement de l’énergie géothermique pour le chauffage et la production d’électricité.  L’exemple de l’Islande montre bien qu’il est possible de convertir le système électrique d’un pays tout entier, en passant du charbon et du pétrole aux sources d’énergie renouvelables en moins d’une génération.  Notre électricité est produite à 100% à partir de sources énergétiques propres et 70% de tous nos besoins en énergie sont fournis par des sources d’énergie « vertes » propres et  renouvelables.

Troisièmement, nonobstant l’importance accordée à la politique de durabilité halieutique et à la réussite de la conversion énergétique, c’est l’effort de développement des ressources humaines qui a été essentiel  pour le succès du pays. Je crois que deux facteurs clés ont joué un rôle en la matière :   il s’agit en premier lieu de l’attention portée à l’éducation, car l’Islande a toujours suivi le modèle nordique de l’égalité des droits à l’éducation universelle.  Ensuite, l’habilitation des femmes et la contribution précieuse qu’elles ont apportée à notre économie est l’autre facteur important.  L’avantage que la parité des sexes confère à l’ensemble de la société est incontestable en Islande.

D’autres facteurs ont assurément contribué aux succès de l’Islande, notamment les récentes politiques de la libéralisation du l´économie, de la déréglementation et de la privatisation. 

Également,  l’Accord sur l’espace économique européen et un système de pensions solide, ont contribué au développement de l’Islande.

Excellences.

Je crois que l’expérience de l'Islande illustre à souhait  le potentiel dont disposent les petites nations pour se développer et prospérer dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui. Je crois même que le passé colonial de l'Islande, allié à ses grands succès économiques et sociaux, tous réalisés dans un laps de temps très court, constituent un sujet de discussion intéressant à bien des égards sur la situation des petits Etats dans la mondialisation actuelle et sur la possibilité d’offrir à leurs ressortissants un niveau de vie solide.

Nous en venons au troisième volet du tableau que je brosse ici aujourd’hui.  Pourrait-on tirer des enseignements de l’expérience islandaise ? Et quelle est l’influence du passé de l'Islande et de son processus de développement sur les principes et valeurs qui inspirent sa politique étrangère ?

L’expérience de l'Islande démontre que la spécialisation dans certains secteurs, alliée à un commerce extérieur actif, peut placer une petite nation en position forte sur le marché, particulièrement lorsque cette nation  a privilégié les connaissances, l’éducation et l’exploitation des ressources naturelles renouvelables. En outre, la souplesse et l’aptitude à agir et à saisir l’initiative sont des éléments clés de la réussite – ce sont des caractéristiques qui se sont également avérées être des atouts en politique étrangère.

Deuxièmement, l’expérience de l'Islande en matière de conversion des systèmes énergétiques de l’ensemble du pays, passant du pétrole et du charbon à des sources d’énergie renouvelables dans l’espace de moins d’une génération est une leçon importante qui peut servir aux pays grands et petits qui recherchent l’indépendance énergétique et la prospérité.  Elle démontre en outre qu’un  pays comme l'Islande, si petit soit-il, peut donner l’exemple et prendre les devants dans un domaine d’importance mondiale.

Troisièmement l'Islande, instruite par son passé colonial récent et par sa longue lutte pour l’indépendance connaît bien les difficultés de nombreux Etats membres de l’ONU. Je crois que le fait d’être un petit Etat dont l’indépendance date d’un passé relativement récent, nous permet de mieux apprécier notre liberté et nous donne la volonté et la motivation requises pour défendre cette indépendance, le cas échéant. Un des aspects importants de cet esprit est le respect que porte l'Islande au droit international dans un système multilatéral et international fort et le respect qu’elle accorde au principe de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, valeurs que nous appuyons résolument au sein des Nations Unies.  L’Islande en a clairement donné la preuve par sa participation active et par son influence lors de l’élaboration du Droit de la mer, question importante qui intéresse tous les Etats côtiers et insulaires.

Dernier facteur et non des moindres : le fait que l'Islande, indépendante depuis 64 ans, ait été membre actif des Nations Unies depuis 62 ans, a eu un impact majeur sur la conduite de ses relations extérieures et sur les valeurs fondamentales qui inspirent sa politique étrangère. En fait, le respect des droits de l’Homme, l’importance à donner à la coopération pour le développement, au règlement pacifique des différends et à l’égalité des chances pour tous sont tous des principes de base de l’ONU auxquels l'Islande adhère fermement. 

Excellences,

L’Islande est un membre actif et engagé des Nations Unies depuis 1946.  Suivant le principe du roulement et vu l’importance de voir tous les Etats membres assumer la  responsabilité de siéger au Conseil de Sécurité, nous avons décidé en 1998, au sein du groupe nordique, section sous-régionale officieuse du Groupe des Etats occidentaux et autres Etats (WEOG) d’annoncer en 2000 notre candidature à un siège pour la période 2009-2010, les élections devant avoir lieu ce mois d’octobre prochain.  Notre candidature, qui est appuyée activement par les autres Etats nordiques, traduit le ferme engagement de l'Islande à jouer un rôle actif, en coopération avec d’autres Etats, pour faire face aux dangers les plus pressants du 21ème siècle en matière de sécurité.

Mais si l'Islande est élue au Conseil de Sécurité, quel sera son apport ? Et comment ses principes et ses valeurs profiteront-ils aux Nations Unies et à l’ensemble du monde ?

Nous l’avons déjà dit, l'Islande est indépendante, non par la forme uniquement, mais au sens concret et politique du terme. L’Islande n’a pas d’ennemis et n’ayant pas de grands intérêts économiques ou géopolitiques à défendre, elle n’a pas de faveurs à rendre.  Elle se laissera guider par la fermeté et l’équité, le respect des droits de l’Homme et l’état de droit.  Nous n’avons pas de « programme caché.  

Nombreux sont ceux qui ont demandé quelles seront les principales questions dont l'Islande aura à traiter au Conseil de Sécurité ?  La question est légitime, mais en fait l’ordre du jour du Conseil de Sécurité dépend moins des Etats membres que de l’actualité mondiale du moment.  Les lignes de communication rapprochées entre New York et Reykjavik, et à l’intérieur de l’administration islandaise, accéléreront  la prise de décisions en toute responsabilité et les valeurs essentielles que je viens de mentionner formeront la base de toutes les positions et de toutes les décisions de l'Islande.

Dans son travail au Conseil de Sécurité, l’Islande soulignera en priorité quelques grandes questions trans-sectorielles, telles la protection des civils, particulièrement des femmes et des enfants, et elle s’efforcera d’assurer aux femmes une participation plus grande aux processus de paix.  Elle portera son attention sur la sécurité humaine et elle suivra les nouvelles questions de sécurité, tel le changement climatique.  L’Islande s’efforcera également d’influencer les méthodes de travail du Conseil en vue de les rendre plus transparentes et plus inclusives, ce qui intéresse au premier chef les nombreux petits Etats de l’ONU, les membres de ce qu’il est convenu d’appeler le Forum des petits Etats (FOSS) 

Je cite en dernier lieu un élément tout aussi important : en tant que pays nordique, nous suivons une ancienne tradition d’engagement actif vis-à-vis des Nations Unies, soucieux des intérêts supérieurs de l’ensemble de la communauté.  Les Nordiques ont la réputation d’être des bâtisseurs de ponts – ce sont des médiateurs sûrs dans les situations complexes.

Excellences, 

A mon sens, l’Organisation des Nations Unies devrait exprimer la diversité des Etats qui se sont unis sous son égide et  il devrait en être de même pour le Conseil de Sécurité. Nous devons nous rendre compte que dans le nouveau monde actuel, la taille d’un territoire ou d’une économie ne détermine pas nécessairement l’importance de l’apport d’une nation à la communauté internationale. J’espère que ce bref exposé aura utilement servi à vous faire connaître l'Islande moderne, ses antécédents et son patrimoine de valeurs et aura démontré comment  en siégeant au Conseil de Sécurité, elle pourra contribuer, en toute équité et en toute intégrité, à rendre le monde plus sûr pour le bien de tous.

Je vous remercie.



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