Les oiseaux

Pour l'ornithologue amoureux d'une nature intacte encore peu agressée par l'activité humaine, l'Islande est pleine d'attraits. Contrairement à une opinion assez répandue, le pays n'a pas un caractère vraiment arctique, il possède cependant bon nombre d'oiseaux appartenant à ce type de région climatique. Autre caractère intéressant : l'Islande représente à la fois l'avant-poste le plus occidental pour un certain nombre d'espèces de l'ancien monde, tout en demeurant le plus oriental pour certaines espèces du nouveau monde. Moins de 300 espèces au total ont été observées avec certitude en Islande, mais 76 seulement s'y reproduisent. On compte sept espèces migratrices communes, de passage ou hivernantes; plusieurs autres dérivées par le vent sont régulières et accidentelles. Mises à part les espèces arctiques et américaines, c'est donc moins le nombre d'espèces que l'abondance des individus et leur familiarité qui fait de l'Islande un paradis pour l'observateur d'oiseaux.


Le joyau des oiseaux islandais est le Faucon ou Gerfaut d'Islande. Sa rapidité et puissance sont incomparables. Il est protégé toute l'année, aussi est-il très répandu dans les parties rocheuses des montagnes. Jadis l'énorme Pygargue à queue blanche était fort commun, mais de nos jours il existe en nombre si réduit que l'on craint pour l'avenir de l'espèce dont on ne connaît plus que quelques couples nicheurs dans la région de Breidafjördur à l'ouest et dans la péninsule montagneuse du nord-ouest. Le faucon émerillon, petit mais vif, est le troisième rapace qui niche en Islande.


Il y a deux espèces de hiboux, le Harfang des neiges, très rare, est limité à certaines parties sauvages des plateaux du centre, tandis que le Brachyote ou Hibou des marais se concentre dans les landes et les vallées basses. C'est l'une des neuf espèces qui sont venues en Islande, puis qui s'y sont reproduites depuis l'adoucissement du climat au cours des dernières décennies. Le Brachyote se nourrit de campagnols et de petits oiseaux, tandis que le Harfang et le Gerfaut chassent surtout le Lagopède muet, qui demeure le seul gallinacé en même temps que le gibier à plumes le plus important du pays.


Le nombre extrêmement faible de passereaux nicheurs (une dizaine d'espèces) est dû sans doute surtout au petit nombre d'insectes, au manque d'habitats adéquats et à l'absence de forêts. Le Grand Corbeau, le Bruant des neiges, le Sizerin et le Troglodyte mignon sont résidents, tandis que le pipit des prés, la Bergeronnette grise , la Grive mauvis et le Traquet-motteux sont communs uniquement en été. L'Etourneau s'est établi en Islande depuis 1940, mais en tant que nicheur il se confine toujours à la région d'Hornafjördur dans le sud-est. L'Hirondelle de cheminée, la Grive litorne et le Moineau domestique ne se reproduisent pas régulièrement, bien qu'on sache qu'ils ont niché ou tenté de nicher.


Les Echassiers les plus caractéristiques du pays sont sans nul doute le Courlis courlieu et le Pluvier doré. En fait ils sont si nombreux que les trilles du bruyant Courlis et les appels plaintifs et mélancoliques du Pluvier doré constituent l'accompagnement musical obligatoire de toute promenade dans les vastes landes et bruyères d'Islande. Avec d'autres échassiers communs, citons la Bécassine des marais, le Chevalier gambette, les Bécasseaux variable et violet, le Grand Gravelot, l'Huîtrier-pie et le charmant petit Phalarope à bec étroit. La Barge à queue noire et le Phalarope à bec large sont moins répandus. Le premier se limite aux terrains marécageux du sud-ouest, le second demeure rare et strictement localisé. Le Tourne-pierre, les Bécasseaux maubèche et sanderling sont des migrateurs communs qui passent en allant ou revenant du Groenland.


L'Islande est connue pour être un des lieux de reproduction importants des oies et canards d'Europe, et le lac Myvatn est réputé pour l'abondance de ses oiseaux. Sur les 36km² de ce remarquable lac du nord-est, peu profond, on peut voir la plus grande concentration de Canards nicheurs d'Europe et peut-être du monde. Myvatn et son déversoir, la rivière Laxa, n'abritent pas moins de 17 espèces de Canards, autrement dit toutes celles qui se reproduisent en Islande. Certaines espèces sont si abondantes que le nombre total des nicheurs vivant dans cette région très limitée a été estimée à plus de 250.000.


Quand on se dirige vers Myvatn par la grande route en venant d'Akureyri à l'ouest, on longe la Laxa. Avant d'atteindre le lac la rivière torrentueuse se force un passage plein de rapides et de remous écumants entre deux rives riches set verdoyantes et des petits îlots de lave couverts d'une dense végétation de saules et d'angéliques. En cet endroit précis on est sûr de rencontrer le Garrot islandais et le Garrot arlequin, deux espèces américaines qu'on ne voit pas ailleurs en Europe. En tant que nicheur, le Garrot islandais se confine au lac Myvatn et à la Laxa, tandis que l'Arlequin, dont le mâle est l'un des plus beaux canards qui soit, se trouve largement distribué en Islande, quoiqu'en été il fréquente les rivières à cours rapides et les torrents de montagne. Les canards les plus abondants sur le lac sont le Morillon, la Macreuse noire et la Harle de Miquelon, le Milouin étant une récente acquisition. Les Harles, le huppé et le bièvre sont tous deux représentés dans la région de Myvatn, le premier est assez commun sur la rivière. Parmi les canards de surface, le Siffleur, le Chipeau et la Sarcelle d'hiver sont les plus communs, tandis que le Colvert, le Pilet ou le Souchet sont moins fréquents.


En suivant la Laxa vers le nord on atteint une florissante colonie d'Eiders à duvet peu avant que la rivière se jette dans la baie de Skjalfandi. L'Eider est un oiseau presqu'exclusivement marin. Son élevage fait l'objet d'une exploitation traditionnelle en Islande. Il est totalement protégé, mais après la couvée le précieux duvet est soigneusement ramassé dans les nids des 250 principales colonies.


Les Oies sont représentées en Islande par deux espèces nicheuses et trois espèces migratrices. L'Oie cendrée habite les régions basses, elle est remplacée par la race arctique de l'Oie à bec court dans les oasis des plateaux du centre. L'Oie rieuse, la Bernache cravant, la Bernache nonnette sont des espèces migratrices. L'Islande demeure l'un des rares pays où le Cygne sauvage peut être considéré comme un nidificateur commun. Il est très nombreux sur les hautes terres parsemées de lacs que bordent les plateaux du centre. Un autre oiseau qui partage son habitat est le magnifique Plongeon imbrin, une des trois espèces venues d'Amérique. Contrairement au Plongeon catmarin, seul autre Plongeon d'Islande, il évite les petites étendues d'eau et choisit les nappes les plus grandes et les plus profondes, surtout celles où abonde le poisson. Tel le cygne, il ne supporte pas la présence de voisins trop proches et préfère la solitude des lacs isolés. Par ailleurs, le Grèbe esclavon, le seul grèbe d'Islande, atteint son maximum de densité sur Myvatn où nichent plusieurs centaines de couples.
Autrefois l'exploitation des grandes colonies d'oiseaux de mer était d'une importance considérable. Sur des falaises à pic qu'habite un mélange disparate d'espèces marines, les oiseaux les plus communs sont les Guillemots de Troïls et le Brünnich, le Macareux moine, le Pingouin torda, la Mouette tridactyle et le Pétrel glacial. Le macareux toutefois n'est pas un oiseau exclusivement des falaises, car il constitue d'énormes colonies sur les îles basses et herbeuses. C'est un des oiseaux les plus communs d'Islande et sa population peut certainement se chiffrer par millions. L'Islande est une des régions où les aires de distribution des deux Guillemots se chevauchent. Les deux espèces y nichent un peu partout en colonies mixtes, sauf sur Vestmannaeyjar d'où le Brünnich est pratiquement absent. On trouve encore deux autres espèces d'Alcidés, le Guillemot à miroir blanc qui niche en petites colonies sur les blocs rocheux de la côte et des îles, et le Mergule nain, espèce du grand Nord. Actuellement presqu'éteinte en Islande, sans doute à cause de l'adoucissement du climat.


Les Îles Westmann offrent d'excellentes conditions pour l'étude des oiseaux de mer. Entre autres, elles sont habitées par trois espèces de Pétrels : le Puffin des anglais, le Pétrel cul-blanc et le Pétrel tempête que l'on ne trouve nul part ailleurs en Islande. De plus, il y a des colonies de Fous de Bassan dans quatre des îles isolées. Deux espèces voisines, le Grand Cormoran et le Cormoran huppé sont assez communes : elles abondent dans les deux grandes baies de la côte occidentale : Faxafloi et Breidafjördur.


La Mouette tridactyle, déjà mentionnée, habite aussi ces falaises à colonies d'oiseaux. D'autres Laridés établis depuis longtemps sont les Goélands marin et bourgmestre. Le premier est très commun dans tout le pays, tandis que le second est presqu'exclusivement limité à la région de breydafjördur en tant que nidificateur. Les Goélands cendré, argenté et brun, tout comme la Mouette rieuse sont tous de nouveaux venus, ce n'est que depuis 1920 que la plupart ont colonisé l'Islande. Le Goéland leucoptère, malgré son nom anglais de "Iceland gull", ne niche pas en Islande. C'est un visiteur commun en hiver mais il se reproduit au Groenland. La Sterne arctique est la seule Sterne qu'on trouve en Islande. Elle est abondante aussi bien dans les régions côtières que sur les lacs et rivières. Les Stercoraires sont représentés par le Labbe parasite et le Grand Labbe. Le premier est commun partout, le second habite les vastes plaines alluviales fluvio-glaciaires des parties sud et sud-est du pays.


Le Râle d'eau et la Foulque macroule sont les seules espèces qui n'ont pas encore été citées. Chose curieuse, le Râle d'eau est en Islande un résident, mais il est rare presque partout, sauf en quelques endroits marécageux du sud-est.


L'ouvrage de Michel Brueil "Les Oiseaux d'Islande", illustré par Jean Chevallier, Ed. R. Chabaud-Lechevalier 1989, est indispensable pour la connaissance et l'étude de ce sujet.

Tiré d'un texte de Finnur Gudmundsson
Lire "Les Oiseaux d'Islande" de Michel Breuil, ill. Jean Chevallier, éd. R. Chabaud-Lechevalier, Paris 1989
Iceland Nature Guides :Bird Watching, Helgi Gudmundsson & Jon Baldur Hlidberg, Reykjavik 1997 (versions en allemand et en anglais)
Birds of Iceland, Hjalmar R. Bardarson, Reykjavik 1987


The Icelandic Society for the Protection of Birds



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