27.05.2014

Une dizaine d’auteurs islandais présents à l’occasion de la 29e édition de la Comédie du Livre.

Les pays nordiques étaient à l‘honneur lors de la 29e édition de La Comédie du Livre le weekend dernier à Montpellier. Les auteurs islandais et leurs livres ont suscité un grand intérêt et cette édition de la Comédie du Livre a en général remporté un vif succès, comme en ont témoigné les longues files d'attente des lecteurs férus de littérature nordique… L'organisation était excellente.

La soirée d’ouverture était consacrée auxœuvres d’Arnaldur Indriðason devant une salle comble. Arnaldur y a entre autres raconté qu’il lui arrivait parfois de ne pas réussir à s’endormir lorsqu’il écrivait un livre car il était tellement pris par le suspens de sa propre histoire! Les lecteurs français voulaient en savoir plus sur le personnage fétiche d’Arnaldur, le commissaire Erlendur Sveinsson. L’auteur a expliqué que c’était un personnage trop envahissant et qu'il avait envie de  le mettre un peu entre parenthèses.

La trilogie de Jón Kalman Stefánsson a rencontré beaucoup de succès en France. Devant une salle bondée, l’auteur a raconté comment il était devenu écrivain après avoir été pêcheur et maçon. A force de contempler le ciel étoilé, il développa un certain intérêt pour l’astrologie et voulut devenir astrologue, sans toutefois posséder aucun savoir mathématique. « Mais les étoiles et les galaxies se sont peu à peu transformées en mots, et je suis devenu écrivain » a-t-il expliqué. Jón vit chacune de ses histoires avec une intensité telle que lors de l’écriture des premières pages d’Entre ciel et terre, il a souffert du mal de mer pendant trois semaines…

Sjón l’inclassable qui a récemment été qualifié de « mage du nord » par la romancière britannique A.S. Byatt, a raconté lors d’un panel de discussion qui lui était consacré comment le réalisme magique des sagas et l’héritage littéraire islandais ont influencé ses œuvres. La nature du caractère Islandais a aussi été débattue. L’auteur a également participé au panel intitulé « Aux lisières du fantastique » avec la romancière finlandaise Johanna Sinisalo ainsi que le Norvégien Lars Saabye Christensen.

Auður Ava Ólafsdóttir, Bergsveinn Birgisson, Steinunn Sigurðardóttir et la Suédoise Katarina Mazetti participaient à la table ronde « Les intermittences du cœur : romances et fantaisies amoureuses ». La discussion tournait autour du concept de l’amour, de sa signification dans le passé et de son évolution actuelle, ainsi que de son rôle dans la littérature et dans le réel. Les sagas islandaises ont également été évoquées.

La discussion sur « L’Islande face à la crise : l’écrivain, acteur politique ? » était consacrée aux effets de la crise économique sur la littérature islandaise et aux rapports  entre politique et littérature. Y ont participé : Arnaldur Indriðason, Árni Þórarinsson et Hallgrímur Helgason. Le constat des écrivains était que grâce à la crise, on s'est rendu compte de ce qui est vraiment important. Les banques ont fait faillite mais l’héritage littéraire subsiste. C’est ça, la véritable richesse.

Árni Þórarinsson a également participé au débat sur « L’envers du décor : malaise dans la démocratie » avec l’écrivain italien Giancarlo de Cataldo et la Suédoise Maj Sjöwall, qui  en compagnie de son mari Per Walhöö, ont souvent été qualifiés comme étant les fondateurs des romans policiers nordiques. Les écrivains ont expliqué comment ils utilisaient le polar pour donner leurs avis sur l’état de la société.

Le livre de Bergsveinn Birgisson, La lettre à Helga, a également rencontré un franc succès en France. La discussion avec l’auteur portait sur le fantastique et le merveilleux. Il a raconté plusieurs histoires au sujet de sa région d’origine, Strandir, et comment, lorsqu'il commençait à écrire, il s’était inspiré des légendes et des conversations qu’il a eues avec les habitants de la région.

Un petit-déjeuner-débat organisé dans un bel hôtel particulier de la vieille ville de Montpellier a permis de faire la connaissance de Steinunn Sigurðardóttir qui a vécu plusieurs années en France. Elle a raconté que lorsqu'elle était encore lycéenne à Reykjavik, l’ancienne Présidente d’Islande et professeur de français Vigdís Finnbogadóttir avait été à l’origine de son intérêt pour la langue française. Elle a ensuite décrit son expérience de jeune femme qui cherchait à se frayer un chemin dans un monde littéraire encore largement dominé par les hommes à l’époque. Steinunn est l'auteur du beau roman Yo-yo, publié chez Héloise d'Ormesson.

Le public a pu assister à quelques projections de film, entre autres Tímaþjófurinn ou « Le voleur de vie », écrit par Steinunn Sigurðardóttir et 101 Reykjavík, une adaptation du livre de Hallgrímur Helgason. 

Auður Ava Ólafsdóttir a également pris un petit-déjeuner avec quelques-uns de ses nombreux lecteurs. Elle avait fait un triomphe en France avec Rosa candida sorti en 2010. L’exception vient d’être publié en français.

L’entretien avec Hallgrímur Helgason était surtout consacré à son œuvre La Femme à 1000° sortie en France en 2013. Son prochain livre qui sortira prochainement a également fait l’objet d’une discussion. L'auteur a évoqué ses sources d’inspiration et la création de ses sujets un peu décalés.

« Le romancier face à l‘histoire » était le thème du dernier panel du festival avec les participations de Jón Kalman Stefánsson, du Suédois Per Olov Enquist et du Norvégien Gunnar Staalesen. Jón Kalman a avoué ne pas comprendre la notion de « roman historique » car le temps surgit  pour s’évaporer ensuite. Le roman est la meilleure façon pour l'homme d’échapper à l’oubli.

Pour que des livres islandais aient du succès en France, il faut évidemment que la traduction soit de qualité. Plusieurs traducteurs littéraires étaient présents au festival : Éric Boury qui traduit Arnaldur Indriðason, Árni Þórarinsson, Sjón, Jón Kalman et d’autres encore ; Catherine Eyjólfsson qui travaille avec Auður Ava Ólafsdóttir et Steinunn Sigurðardóttir et Bergsveinn Birgisson ;  aussi Jean-Christophe Salaün dont la première traduction est La Femme à 1000° d’Hallgrímur Helgason. Il y a une forte demande de traducteurs de l’islandais vers le français, on se réjouit donc  qu’un nouveau vienne grossir les rangs! Kristín Jónsdóttir était également présente pour assurer la traduction et la compréhension entre les différents intervenants.

 

 

 



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